{"id":682,"date":"2022-02-03T15:28:00","date_gmt":"2022-02-03T20:28:00","guid":{"rendered":"https:\/\/geoweb.lemig.umontreal.ca\/geolibre\/?p=682"},"modified":"2023-11-18T22:32:57","modified_gmt":"2023-11-19T03:32:57","slug":"sur-les-rives-du-deh-cho-a-la-confluence-entre-lecologie-et-les-savoirs-traditionnels","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/index.php\/2022\/02\/03\/sur-les-rives-du-deh-cho-a-la-confluence-entre-lecologie-et-les-savoirs-traditionnels\/","title":{"rendered":"Sur les rives du Deh Cho :  \u00e0 la confluence entre l\u2019\u00e9cologie et les savoirs traditionnels"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>La d\u00e9colonisation des universit\u00e9s et de la recherche a r\u00e9cemment fait couler beaucoup d\u2019encre dans le milieu acad\u00e9mique. Au-del\u00e0 des th\u00e9ories, comment parvenir \u00e0 la d\u00e9colonisation dans nos propres recherches? Notre participation \u00e0 un camp d\u2019\u00e9cologie et de savoirs traditionnels en septembre 2019 nous a donn\u00e9 un aper\u00e7u d\u2019autres fa\u00e7ons d\u2019acqu\u00e9rir des connaissances et de produire des savoirs. Immersion dans notre cheminement critique face \u00e0 notre \u00e9ducation \u00e0 pr\u00e9dominance occidentale et dans cette exp\u00e9rience de co-apprentissage avec des jeunes et des personnes a\u00een\u00e9es autochtones.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mariam El-Amine<\/strong>, dipl\u00f4m\u00e9e 2020 \u00e0 la ma\u00eetrise recherche en g\u00e9ographie sous la co-supervision de Oliver Sonnentage (UdeM) et Alexandre Roy (UQTR).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Nia Perron<\/strong>, \u00e9tudiante au doctorat en g\u00e9ographie sous la supervision de Oliver Sonnentag (UdeM) et de Jennifer Baltzer (WLU).<\/p>\n\n\n\n<p>Au r\u00e9veil par un frais matin en septembre, les jeunes dorment encore alors que l\u2019on se r\u00e9veille tranquillement. Le fleuve Deh Cho* coule paisiblement non loin du camp ; on profite du calme matinal pour boire un caf\u00e9 r\u00e9chauff\u00e9 sur le feu et discuter avec les personnes a\u00een\u00e9es. Pendant une semaine, c\u2019est notre routine matinale, avant d\u2019entamer nos journ\u00e9es parsem\u00e9es d\u2019activit\u00e9s sur l\u2019\u00e9cologie et les savoirs traditionnels. Ce sont au total plus de 20 personnes qui \u00e9taient r\u00e9unies \u00e0 Maoste (6-Mile), dont des jeunes et des personnes a\u00een\u00e9es d\u00e9n\u00e9s et m\u00e9tis ainsi que des animateurs et animatrices scientifiques, dans le but de participer \u00e0 un camp d\u2019\u00e9cologie et de savoirs traditionnels organis\u00e9 par la nation Liidlii Kue. Situ\u00e9 dans les Territoires du Nord-Ouest, pr\u00e8s de la communaut\u00e9 de Fort Simpson, le camp se d\u00e9roule sur des terres ancestrales utilis\u00e9es par les peuples d\u00e9n\u00e9s et m\u00e9tis depuis des g\u00e9n\u00e9rations.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>*Le fleuve Deh Cho est aussi connu sous le nom Mackenzie, et traverse les Territoires du Nord-Ouest.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>Quelques semaines auparavant, \u00e9tant donn\u00e9 que nous menons des recherches sur des sites nordiques, nous avions \u00e9t\u00e9 invit\u00e9es \u00e0 participer \u00e0 ce camp afin d\u2019y animer des activit\u00e9s portant sur l\u2019\u00e9cologie. L\u2019id\u00e9e de passer une semaine dans la nature, d\u2019observer des aurores bor\u00e9ales et de partager notre passion pour les sciences nous a tout de suite ravies ; toutefois, nous nous questionnions sur la place de la d\u00e9colonisation des savoirs dans les sciences naturelles ou encore sur la contribution de tels camps \u00e0 la d\u00e9colonisation. Cette invitation s\u2019ins\u00e9rait alors dans notre parcours aux \u00e9tudes gradu\u00e9es en g\u00e9ographie comme une opportunit\u00e9 d\u2019explorer les enjeux de d\u00e9colonisation. Notre participation s\u2019inscrivait en outre dans une perspective d\u2019\u00e9change avec une communaut\u00e9 qui nous accueillait d\u00e9j\u00e0 sur son territoire pour nos recherches.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"627\" src=\"https:\/\/geoweb.lemig.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/LandCamp_Map_V2.0-2-1024x627.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-691\" srcset=\"https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/LandCamp_Map_V2.0-2-1024x627.png 1024w, https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/LandCamp_Map_V2.0-2-300x184.png 300w, https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/LandCamp_Map_V2.0-2-768x470.png 768w, https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/LandCamp_Map_V2.0-2-450x275.png 450w, https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/LandCamp_Map_V2.0-2-981x600.png 981w, https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/LandCamp_Map_V2.0-2.png 1242w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">Territoires autochtones dans le nord-ouest du Canada. Maoste (6 Mile) et Fort Simpson se trouvent sur la rive du fleuve Deh Cho, dans le sud-ouest des Territoires du Nord-Ouest.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"la-science-ne-se-fait-pas-dans-une-bulle\"><strong>La science ne se fait pas dans une bulle<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La d\u00e9colonisation est loin d\u2019\u00eatre notre champ d\u2019expertise. Nous sommes deux jeunes chercheuses blanches, issues de milieux et d\u2019h\u00e9ritages ancestraux diff\u00e9rents, mais qui contribuent tout de m\u00eame au syst\u00e8me colonial. L\u2019une de nous, Nia, a des anc\u00eatres fran\u00e7ais et \u00e9cossais pr\u00e9sents au Canada depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, tandis que l\u2019autre autrice, Mariam, est immigrante de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, de parents libanais. Pendant longtemps et aujourd\u2019hui encore, nous avons baign\u00e9 dans des milieux occidentaux, dans des bulles universitaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, quoique l\u2019on ait tendance \u00e0 l\u2019oublier, la science ne se fait pas dans une bulle, isol\u00e9e des contextes sociopolitiques qui l\u2019entourent. Elle refl\u00e8te au contraire des valeurs ancr\u00e9es dans la soci\u00e9t\u00e9, qui se traduisent notamment par les sujets \u00e9tudi\u00e9s ou encore l\u2019angle adopt\u00e9 pour aborder ces m\u00eames sujets. Avant de participer au camp, il \u00e9tait donc important pour nous de mieux comprendre le contexte de notre \u00e9ducation scientifique, ainsi que l&rsquo;histoire et l&rsquo;importance de la d\u00e9colonisation scientifique.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que la m\u00e9thode scientifique occidentale recherche activement l\u2019objectivit\u00e9, certaines formes de subjectivit\u00e9 s\u2019y immiscent in\u00e9vitablement. En effet, une premi\u00e8re forme de subjectivit\u00e9 appara\u00eet dans les m\u00e9thodes m\u00eames de production et de transmission du savoir : quel savoir est reconnu, quel type de production du savoir est accept\u00e9? La communaut\u00e9 scientifique prend progressivement conscience que c\u2019est la m\u00e9thode scientifique occidentale \u2013 et presque uniquement elle \u2013 qui pr\u00e9vaut dans les milieux acad\u00e9miques. Or, alors qu\u2019une telle supr\u00e9matie existe encore dans l\u2019enseignement et la recherche, la d\u00e9colonisation des savoirs vise au contraire \u00e0 la questionner et \u00e0 la renverser. Comme les auteurs Leeuw et Hunt le soulignent, elle doit aussi se faire dans une d\u00e9marche d\u2019acceptation d\u2019autres formes de production du savoir. La d\u00e9colonisation des savoirs est ainsi un ensemble de pratiques dans lesquelles s\u2019inscrivent la reconnaissance de la litt\u00e9rature non occidentale et l\u2019implication des actrices et acteurs non occidentaux dans les recherches acad\u00e9miques<sup>1<\/sup>. Quoiqu&rsquo;il ne soit peut-\u00eatre pas possible d&rsquo;inclure les connaissances autochtones dans nos recherches actuelles, cette exp\u00e9rience nous a inspir\u00e9es \u00e0 trouver des opportunit\u00e9s pour la d\u00e9colonisation de nos futurs projets.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ultimement, la d\u00e9colonisation des savoirs vise entre autres \u00e0 laisser aux peuples non occidentaux une place dans les positions de pouvoir, ce qui s\u2019impose dans un contexte de r\u00e9conciliation. La d\u00e9colonisation des savoirs s\u2019inscrit dans une mouvance mondiale afin d\u2019int\u00e9grer les savoirs non occidentaux aux recherches ; le pr\u00e9sent article se limite cependant aux connaissances produites par des peuples autochtones. Cette limitation s\u2019explique par le fait que notre recherche s\u2019effectue dans le Nord canadien, en territoire traditionnel d\u00e9n\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"les-connaissances-ecologiques-traditionnelles-comme-outil-de-decolonisation\"><strong>Les connaissances \u00e9cologiques traditionnelles comme outil de d\u00e9colonisation<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Plus sp\u00e9cifiquement dans le cadre de notre camp, l\u2019utilisation des connaissances \u00e9cologiques traditionnelles (CET), associ\u00e9es aux territoires historiquement occup\u00e9s par des r\u00e9sidentes et r\u00e9sidents de longue date, a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e comme un premier pas vers la d\u00e9colonisation des savoirs en sciences environnementales.<\/p>\n\n\n\n<p>Les CET peuvent notamment jouer un r\u00f4le important en \u00e9cologie et en biog\u00e9osciences. Par exemple, les observations \u00e0 long terme de certains ph\u00e9nom\u00e8nes climatiques sont transmises \u00e0 travers les histoires orales. D\u2019une part, ces histoires ont une place d\u2019importance pour les peuples autochtones puisqu\u2019elles ont une incidence sur leur bien-\u00eatre<sup>2<\/sup> et, d\u2019autre part, elles contribuent \u00e0 produire des connaissances uniques, essentielles et compl\u00e9mentaires au savoir produit par des disciplines scientifiques occidentales. \u00c0 Maoste, les personnes a\u00een\u00e9es nous ont t\u00e9moign\u00e9 que la fonte de la glace sur la rivi\u00e8re survient de plus en plus t\u00f4t au printemps. Il s\u2019agit non seulement d\u2019une observation du changement climatique, mais aussi d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne social impactant le transport et la chasse au sein de la communaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans un esprit de compl\u00e9mentarit\u00e9 entre les CET et les savoirs occidentaux que nous avons anim\u00e9 au camp une s\u00e9rie d&rsquo;activit\u00e9s, qui s\u2019harmonisaient avec les connaissances transmises par les personnes a\u00een\u00e9es autochtones. Nous avons men\u00e9, par exemple, une activit\u00e9 portant sur l\u2019identification et la mensuration des arbres ainsi que sur l\u2019utilisation de l\u2019eau par les arbres. Les a\u00een\u00e9es partageaient \u00e9galement leurs connaissances sur les diff\u00e9rentes utilisations des esp\u00e8ces d&rsquo;arbres et sur la fa\u00e7on dont les animaux interagissent avec eux. \u00c0 l\u2019image de cette activit\u00e9, l\u2019accent \u00e9tait mis tout au long du camp sur l\u2019importance des \u00e9l\u00e9ments culturels et scientifiques d\u00e9n\u00e9s. Il s\u2019agissait en effet d\u2019une salle de classe atypique o\u00f9 l\u2019apprentissage de la science se fait diff\u00e9remment.<\/p>\n\n\n\n<p>Les salles de classe sont d\u2019ailleurs les premiers lieux pour la reconnaissance des CET. L\u2019h\u00e9ritage colonial du syst\u00e8me \u00e9ducatif canadien a abouti \u00e0 un programme de sciences \u00e0 pr\u00e9dominance eurocentriste du primaire \u00e0 l\u2019universit\u00e9<sup>3,4<\/sup>. Les sciences occidentales utilisent une approche structur\u00e9e et compartiment\u00e9e du savoir o\u00f9 un concept est d\u00e9compos\u00e9 pour \u00eatre ma\u00eetris\u00e9 avant de passer au suivant. Par exemple, l\u2019apprentissage du fonctionnement g\u00e9n\u00e9ral d\u2019un arbre qui se ferait selon l\u2019approche scientifique occidentale privil\u00e9gierait d\u2019abord la d\u00e9finition d\u2019un arbre, puis la compr\u00e9hension de son d\u00e9veloppement \u00e0 partir de la graine et enfin l\u2019\u00e9tude de ses processus physiologiques complexes. Ce n&rsquo;est que dans des \u00e9tudes plus appliqu\u00e9es de l&rsquo;\u00e9cologie et de la biog\u00e9ographie que nous commen\u00e7ons \u00e0 apprendre les nombreuses fa\u00e7ons qu&rsquo;un arbre contribuera \u00e0 l&rsquo;ensemble des processus \u00e9cosyst\u00e9miques. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce ne sont pas tous les \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes qui comprennent la science \u00e0 travers une \u00e9pist\u00e9mologie occidentale ; beaucoup s&rsquo;appuient plut\u00f4t sur des orientations esth\u00e9tiques, religieuses, spirituelles, r\u00e9cr\u00e9atives ou \u00e9conomiques. Ces orientations sont n\u00e9glig\u00e9es dans les sciences occidentales, mais incluses dans les sciences autochtones<sup>4<\/sup>. Pour reprendre l&rsquo;exemple de l&rsquo;arbre, les CET peuvent transmettre les m\u00eames apprentissages en utilisant des r\u00e9cits enracin\u00e9s dans l&rsquo;histoire et l&rsquo;exp\u00e9rience. Les \u00e9l\u00e8ves comprennent alors l&rsquo;\u00e9cologie des arbres en tant que composante centrale du fonctionnement de l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me, avec une attention particuli\u00e8re sur la signification spirituelle et culturelle des esp\u00e8ces \u00e9tudi\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exposition aux sciences occidentales dans une salle de classe est ins\u00e9parable de l\u2019exposition \u00e0 la culture occidentale qui domine le syst\u00e8me scolaire canadien et les communaut\u00e9s scientifiques<sup>4<\/sup>. La dichotomie entre la culture scientifique et la culture familiale ou communautaire d&rsquo;un \u00e9l\u00e8ve peut l\u2019amener \u00e0 devenir indiff\u00e9rent ou r\u00e9ticent aux apprentissages scientifiques, puisqu\u2019il existe une impression que la science n\u2019admet pas d\u2019espace pour les connaissances culturelles<sup>4<\/sup>. Pour tenter d&rsquo;\u00e9viter cette dichotomie entre \u00e9cologie et culture dans le camp, nous avons organis\u00e9 des activit\u00e9s qui ont puis\u00e9 dans les deux ensembles de connaissances. Par exemple, les activit\u00e9s de p\u00eache et de r\u00e9colte de baies permettaient de faire le pont avec des apprentissages portant sur l\u2019\u00e9valuation de la qualit\u00e9 de l\u2019eau dans un cours d\u2019eau, le cycle des nutriments et les cha\u00eenes alimentaires, alors que la pr\u00e9sence de mercure chez certaines esp\u00e8ces de poissons est un enjeu dans la r\u00e9gion du Deh Cho.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce partage de connaissances approfondies de la culture et du territoire d\u00e9n\u00e9s a pu donner un sens aux apprentissages scientifiques. Les histoires de chasse \u00e0 l\u2019orignal racont\u00e9es par les personnes a\u00een\u00e9es en sont un autre exemple, en plus de constituer une occasion de co-apprentissage. Ces histoires nous ont fourni les \u00e9l\u00e9ments culturels n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019apprentissage des sch\u00e9mas de migration animale. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 ces r\u00e9cits que nous avons pu, en retour, retenir l\u2019attention des jeunes sur les processus scientifiques impliqu\u00e9s dans les patrons de migration des animaux. Le co-apprentissage interculturel des sciences qui s&rsquo;inspire des perspectives scientifiques autochtones et occidentales assure un apprentissage des sciences diversifi\u00e9 sur le plan culturel, et ce, de la maternelle \u00e0 l\u2019universit\u00e9<sup>3,4<\/sup>. Il met en \u00e9vidence les contributions importantes des sciences autochtones \u00e0 plusieurs disciplines scientifiques et aide les \u00e9tudiantes et \u00e9tudiants autochtones et allochtones \u00e0 acqu\u00e9rir une vision diversifi\u00e9e qui enrichit les sciences et la recherche<sup>3,4<\/sup>. Nous en avons vu des exemples lorsque nous avons appris comment les connaissances autochtones sur la chasse contribuent \u00e0 la planification et \u00e0 la gestion de l&rsquo;utilisation des terres dans la r\u00e9gion. Ceci illustre que les approches de co-apprentissage ne cherchent pas \u00e0 int\u00e9grer les m\u00e9thodes scientifiques autochtones aux m\u00e9thodes occidentales de savoir et d&rsquo;apprentissage. Elles se concentrent plut\u00f4t sur l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 diff\u00e9rents flux de connaissances de mani\u00e8re compl\u00e9mentaire<sup>4<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/geoweb.lemig.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/F2_NPerron-1-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-711\" srcset=\"https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/F2_NPerron-1-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/F2_NPerron-1-300x225.jpg 300w, https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/F2_NPerron-1-768x576.jpg 768w, https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/F2_NPerron-1-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/F2_NPerron-1-2048x1536.jpg 2048w, https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/F2_NPerron-1-450x338.jpg 450w, https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/F2_NPerron-1-800x600.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\"> La viande d&rsquo;orignal s\u00e8che au-dessus du feu apr\u00e8s un cours donn\u00e9 par les personnes a\u00een\u00e9es d\u00e9n\u00e9s et m\u00e9tis sur les habitudes migratoires des orignaux et l\u2019appr\u00eat de leur viande. <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"un-lieu-de-savoir\"><strong>Un lieu de savoir<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Les camps terrestres d\u2019\u00e9cologie et de savoirs traditionnels facilitent l&rsquo;exp\u00e9rience de co-apprentissage pour les personnes a\u00een\u00e9es d\u00e9tenant des connaissances scientifiques autochtones, les jeunes autochtones et les scientifiques de la rel\u00e8ve ayant une perspective occidentale, dont nous faisons partie<sup>5<\/sup>. Un principe important de l&rsquo;enseignement des sciences autochtones est le concept de connaissances bas\u00e9es sur le lieu, dans lequel l\u2019enseignement d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne se d\u00e9roule dans l\u2019environnement o\u00f9 se d\u00e9roule ce ph\u00e9nom\u00e8ne afin de mieux le contextualiser<sup>4<\/sup>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La connaissance bas\u00e9e sur le lieu souscrit \u00e0 l\u2019id\u00e9e que tout est intrins\u00e8quement li\u00e9 et que rien n\u2019existe de fa\u00e7on isol\u00e9e, et ne doit donc pas \u00eatre observ\u00e9 isol\u00e9ment. Utilisons \u00e0 nouveau l&rsquo;arbre comme exemple&nbsp;: il est plus significatif d&rsquo;en apprendre davantage sur cet arbre dans la for\u00eat o\u00f9 il pousse, car cet arbre individuel fait partie int\u00e9grante de la for\u00eat. L&rsquo;apprentissage doit \u00eatre enracin\u00e9 dans un lieu d&rsquo;origine, car le savoir se cr\u00e9e par l&rsquo;exp\u00e9rience sur le territoire. Par cons\u00e9quent, il est courant que l&rsquo;enseignement scientifique autochtone comprenne des activit\u00e9s qui se d\u00e9roulent sur le territoire<sup>4<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lieu choisi pour le camp n\u2019\u00e9tait pas anodin. Maoste est un lieu spirituel significatif pour les Premi\u00e8res Nations du Deh Cho, notamment \u00e0 cause des \u00e9v\u00e9nements de chasse, de cueillette et de p\u00eache qui s\u2019y sont d\u00e9roul\u00e9s. Les membres a\u00een\u00e9es de la communaut\u00e9 avaient une connaissance approfondie de ce lieu, qu\u2019ils partageaient au moyen de r\u00e9cits. Cet espace est aussi important pour nous comme \u00e9tudiantes puisqu\u2019il est situ\u00e9 pr\u00e8s d&rsquo;une station de recherche utilis\u00e9e pour recueillir des donn\u00e9es pour nos recherches de ma\u00eetrise et de doctorat.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/geoweb.lemig.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/F1_NPerron-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-712\" srcset=\"https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/F1_NPerron-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/F1_NPerron-300x225.jpg 300w, https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/F1_NPerron-768x576.jpg 768w, https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/F1_NPerron-1536x1151.jpg 1536w, https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/F1_NPerron-2048x1535.jpg 2048w, https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/F1_NPerron-450x337.jpg 450w, https:\/\/geoweb.cedvs.umontreal.ca\/geolibre\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/F1_NPerron-800x600.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\"> Les jeunes, les membres a\u00een\u00e9s de la communaut\u00e9 ainsi que les animateurs et animatrices scientifiques admirent le coucher de soleil sur les rives du Deh Cho. <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"la-decolonisation-au-dela-des-camps-d-ecologie-et-de-savoirs-traditionnels\"><strong>La d\u00e9colonisation, au-del\u00e0 des camps d\u2019\u00e9cologie et de savoirs traditionnels<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>En r\u00e9trospective, ce camp a \u00e9t\u00e9 une occasion de nous introduire aux approches scientifiques autochtones empiriques pour comprendre une r\u00e9gion que nous \u00e9tudions d&rsquo;un point de vue occidental. Nous avons \u00e9t\u00e9 mises au d\u00e9fi de sortir de la structure rigide de la science occidentale et d\u2019int\u00e9grer une approche holistique \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude d&rsquo;un espace, une approche qui tient \u00e9galement compte des interactions de l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me, de la culture communautaire, de l&rsquo;histoire et des \u00e9motions.<\/p>\n\n\n\n<p>Le camp d\u2019\u00e9cologie et de savoir traditionnel a \u00e9t\u00e9 un lieu d\u2019\u00e9changes qui nous a permis de diversifier notre mani\u00e8re d&rsquo;apprendre et de comprendre la science. C\u2019\u00e9tait \u00e9galement l&rsquo;occasion de r\u00e9futer le st\u00e9r\u00e9otype du scientifique en tant que vieil homme blanc en d\u00e9montrant que les jeunes, les femmes et les Autochtones peuvent aussi \u00eatre des scientifiques<sup>4,6<\/sup>. Les camps terrestres sont d\u2019ailleurs un outil important pour impliquer davantage de jeunes \u00e9tudiantes et \u00e9tudiants sous-repr\u00e9sent\u00e9s dans les sciences ainsi que pour transmettre les CET et enseigner les sciences autochtones.<\/p>\n\n\n\n<p>Les programmes qui rassemblent les gens pour apprendre les uns des autres sur le territoire, comme le camp auquel nous avons particip\u00e9, ne sont qu&rsquo;une m\u00e9thode de co-apprentissage et ne devraient pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme le seul moyen de d\u00e9coloniser la science au Canada. Nous savons que nos recherches s\u2019effectuent encore en silos et que, \u00e0 court terme, elles ne laissent pas plus de place aux personnes autochtones dans des positions de pouvoir. Nous sommes encore les personnes qui produisent les recherches et qui les diffusent.<\/p>\n\n\n\n<p>En tant qu\u2019\u00e9tudiantes, notre pouvoir est aussi limit\u00e9, mais nos choix de sujets de recherche et les actrices et acteurs que l\u2019on veut y impliquer sont de notre ressort. Toutefois, \u00eatre sur le territoire avec une communaut\u00e9 qui l\u2019a historiquement occup\u00e9 a permis d\u2019aborder des probl\u00e8mes sous de nouveaux angles, de cr\u00e9er des liens pour des partenariats futurs, mais surtout, d\u2019encourager une rel\u00e8ve plus diversifi\u00e9e en science.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"references\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>de Leew, S. et Hunt, S. (2017). Unsettling decolonizing geographies. <em>Geography Compass<\/em>, 12(7), e12376. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/gec3.12376\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/gec3.12376<\/a><\/li><li>Duerden, F., &amp; Kuhn, R. G. (1998). Scale, context, and application of traditional knowledge of the Canadian north. <em>Polar Record<\/em>, <em>34<\/em>(188), 31-38. <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0032247400014959\" target=\"_blank\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0032247400014959<\/a><\/li><li>Kimmerer, R. W. (2002). Weaving Traditional Ecological Knowledge into Biological Education: A Call to Action. <em>BioScience<\/em> 52(5), 432\u2013438. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1641\/0006-3568(2002)052%5b0432:WTEKIB%5d2.0.CO;2\">https:\/\/doi.org\/10.1641\/0006-3568(2002)052[0432:WTEKIB]2.0.CO;2<\/a><\/li><li>Snively, G., and L. Williams. (2016). Knowing Home: Braiding Indigenous Science with Western Science, Victoria, BC : Pressbooks.<\/li><li>Reid, A., Lane, J.F., Woodworth, S., Spring, A., Garner, R., and Tanche, K. (2020). Leading on-the-land science camps with Indigenous youth: towards reciprocity in research. <em>The Solutions Journal<\/em>, 11(1). <a href=\"https:\/\/thesolutionsjournal.com\/2020\/03\/09\/leading-land-science-camps-indigenous-youth-towards-reciprocity-research\/\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/thesolutionsjournal.com\/2020\/03\/09\/leading-land-science-camps-indigenous-youth-towards-reciprocity-research\/\">https:\/\/thesolutionsjournal.com\/2020\/03\/09\/leading-land-science-camps-indigenous-youth-towards-reciprocity-research\/<\/a><\/li><li>Bonny, S. M. (2018). Effective STEM Outreach for Indigenous Community Contexts &#8211; Getting it Right One Community at a Time! <em>International Journal of Innovation in Science and Mathematics Education<\/em>, 26(2), 14-34.<\/li><\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La d\u00e9colonisation des universit\u00e9s et de la recherche a r\u00e9cemment fait couler beaucoup d\u2019encre dans le milieu acad\u00e9mique. 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